Que la nourriture, la lumière, ou encore mon humeur pouvaient changer le goût du vin, ça je le savais. Que Jésus avait le pouvoir de changer l’eau en vin aussi. Mais en surfant sur la toile, je suis tombée sur une étude* particulièrement intéressante selon laquelle les émotions indues par la musique que l’on écoute influenceraient notre goût et perception des divins nectars que l’on boit. Au moment de la dégustation j’entends (oui, ce n’est pas parce que tu es un fan de Johnny ou de Justin Bieber dans la vie de tous les jours que ton palais sera différent de celui de ton voisin. Quoi que…et à priori, si tu es fan de Justin Bieber, files te coucher, je ne suis pas sure que tu aies l’âge légal pour boire du vin mon enfant !).
Il s’agit d’une étude publiée dans le British Journal of Psychology, menée en 2011 par Adrian North de l’Université Herriot-Watt. L’expérience est très simple (je vous fais la version courte, pour la version longue cliquer ici permalien à insérer= http://bps-research-digest.blogspot.fr/2011/10/wine-tastes-like-music-youre-listening.html) : un panel de dégustateurs-anonymes a été réparti dans 5 pièces où étaient diffusées des musiques aux univers radicalement différents.
Pièce 1 : Carmina Burana (Carl Orff ; univers décrit comme puissant et lourd),
Pièce 2 : la Valse des Fleurs (Tchaïkovski, dont je suis fière d’avoir bien orthographié le nom pour une fois ; univers choisi pour son caractère subtile et délicat)
Pièce 3 : Just Can Get Enough (Nouvelle vague ; univers décrit comme acidulé et frais)
Pièce 4 : Slow Breakdown (Michael Brook ; univers qualifié de moelleux et doux)
Pièce 5 : pas de musique (le silence quoi, nada, rien, l’univers du cerveau d’une bimbo tropézienne un lendemain de cuite quoi…)
Chaque dégustateur avait deux vin à goûter puis à évaluer selon des critères qui, vous l’aurez probablement deviné, étaient les suivant : qualifieriez-vous ce vin de « lourd et puissant », « subtile et délicat », « acidulé et frais » ou « doux et moelleux ».
Résultats : sans appel, la majorité des dégustateurs présents dans la « Carmina Burana’s room » ont évalué leur vin comme étant lourd et puissant. La même logique dans les autres pièces. Pourtant, le vin était le même.
On assimilerait donc le goût du vin à ce que l’on entend, tout comme il est possible de faire passer un vin blanc pour un vin rouge selon la couleur d’un verre ou celle des éclairages.
L’étude datant de 2011, moultes articles forts intéressants ont été écrits dessus par de nombreux journalistes et blogueurs, oenologiquement beaucoup plus calés que moi sur la question, aussi je vous invite à aller les lire leurs passionnantes interprétations et vous épargnerai toute tentative d’explication rationnelle sur le sujet. Nous attendons également les votres !
Ma conclusion à moi est tout simplement : C’est énorme ! Cela veut quand même dire que je suis (et toi aussi cher internaute) « papillairement» influençable… Moi qui croyait n’avoir ni Dieu ni maître, je tombe de haut.
Après, tu vas me dire que tout cela est logique après tout. N’est-ce pas tout simplement une question de mise en condition, d’envie, et au final de plaisir (on y revient toujours)? Sommes-nous en mesure de tout simplement apprécier le vin que l’on boit si l’ambiance (la musique y contribue très fortement) ne nous est pas agréable ? Personnellement, je suis très Haut-médoc, mais laissez moi une heure dans une pièce avec un verre de Pauillac et le best-of de Colonel Reyel à fond dans les oreilles (pardon si tu es fan), je ne suis pas sure de trouver mon vin aussi bon que d’habitude. Ce n’est pas son goût à proprement parlé qui aura changé, mais ma capacité à l’apprécier. Car nous le savons bien : le vin ne s’apprécie pas que par le bout de notre langue. Il est une palette de couleurs à mirer subtilement, une odeur à laisser tranquillement entrer dans nos narines, en deux temps, une étendue de saveurs qui –lorsque l’on ferme les yeux- nous fait voyager à la première gorgée dans une forêt fraichement arrosée par la pluie, au sentier bordé de cèpes et de bois mort, à la deuxième gorgée nous plonge dans un panier de griottes prêtes à exploser de sucre et de soleil, et à la troisième ouvre la porte de l’atelier d’un chocolatier et d’un torréfacteur réunis.
Le cerveau a ses mystères que la logique ne connait pas. Cela est scientifiquement prouvé après tout. Il ne me parait donc pas si incohérent que cela d’apprendre que le moindre changement de paramètre (qu’il soit olfactif ou auditif) rende ce voyage gustatif différent. Il serait intéressant de renouveler cette expérience mais dans des pièces marquées d’une odeur bien précises (boisée, épicée, chocolatée, fumée, fruitée), afin de voir si le constat est le même. Peut-être cela a-t’il était fait, envoyez nous les liens si vous les trouvez !
Une question pourrait alors se poser : pourquoi les bars à vins n’ont-ils pas tous la même playlist ? C’est vrai quoi, à la lecture d’une telle étude, je me dis que le bon sens voudrait que les tenanciers de ces établissement accordent leurs violons et optent pour un fond sonore permettant de satisfaire tous les goûts : un coup la légèreté d’un Otis Redding pour permettre à l’un de savourer pleinement son verre d’Entre-deux-Mers, puis on enchaine sur un rock bien trash pour que l’autre kiffe la puissance de son Pomerol, on repars sur de la pop un peu guimauve pour les buveurs de Loupiac, on enchaine sur Oxmo Puccino pour les amoureux de rouges plus subtils mais tout aussi riches en arômes et voilà, tout le monde passe une bonne soirée, le tour est joué.
Et bien non, ce serait trop simple. Car qui me dit qu’un amateur de Sauternes est aussi un fana de James Blunt? Si certaines types de musique sont les plus à même de correspondre à l’identité d’un vin, et donc de nous permettre d’en apprécier au mieux les saveurs, n’oublions pas (attention, j’enfonce une porte ouverte !) que tous les gouts sont dans la nature, et qu’il n’ya jamais deux dégustateurs identiques. Et puis à bien y réfléchir, à vouloir plaire à tout le monde, les établissements finiraient par en perdre leur identité, ce ne serait pas souhaitable.
Apprécier un vin, le trouver bon, c’est une question de qualité, nous sommes d’accord, mais c’est aussi une question d’état d’esprit. En bonne compagnie (qu’elle soit galante ou amicale), dans un endroit qui nous plait, et dans un univers qui –avant de ressembler au vin que l’on boit- nous plaira à nous. Et là, tout est tellement subjectif que le mieux est de laisser chacun créer sa propre alchimie, parce qu’après tout, si j’ai envie de passer une soirée à siroter mon Sweet Bordeaux en hurlant comme une dégénérée sur du AC/DC, j’en ai le droit et je vous garantis que je passerai une meilleure soirée que si la passe avec la compil’ des plus grands tubes de Céline Dion. La musique, tout comme le vin, est une question de goûts… Ils ne seront jamais bons ou mauvais, car avant tout, ce seront les vôtres.
N’hésitez pas à nous faire part de vos réactions, et à partager avec nous vos idées d’accords vins et musiques !
* North, A. (2011). “The effect of background music on the taste of wine”. British Journal of Psychology.
Anne Quimbre